
39ὁ εὑρὼν τὴν ψυχὴν αὐτοῦ ἀπολέσει αὐτήν, καὶ ὁ ἀπολέσας τὴν ψυχὴν αὐτοῦ ἕνεκεν ἐμοῦ εὑρήσει αὐτήν. 40Ὁ δεχόμενος ὑμᾶς ἐμὲ δέχεται, καὶ ὁ ἐμὲ δεχόμενος δέχεται τὸν ἀποστείλαντά με. 41ὁ δεχόμενος προφήτην εἰς ὄνομα προφήτου μισθὸν προφήτου λήμψεται, καὶ ὁ δεχόμενος δίκαιον εἰς ὄνομα δικαίου μισθὸν δικαίου λήμψεται. 42καὶ ὃς ἂν ποτίσῃ ἕνα τῶν μικρῶν τούτων ποτήριον ψυχροῦ μόνον εἰς ὄνομα μαθητοῦ, ἀμὴν λέγω ὑμῖν, οὐ μὴ ἀπολέσῃ τὸν μισθὸν αὐτοῦ. 1Καὶ ἐγένετο ὅτε ἐτέλεσεν ὁ Ἰησοῦς διατάσσων τοῖς δώδεκα μαθηταῖς αὐτοῦ, μετέβη ἐκεῖθεν τοῦ διδάσκειν καὶ κηρύσσειν ἐν ταῖς πόλεσιν αὐτῶν
39Qui aura trouvé sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera. 40Qui vous accueille m’accueille, et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. 41Qui accueille un prophète en tant que prophète recevra une récompense de prophète, et qui accueille un juste en tant que juste recevra une récompense de juste. 42Quiconque donnera à boire à l’un de ces petits rien qu’un verre d’eau fraîche, en tant qu’il est un disciple, en vérité je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. 1Et il advint, quand Jésus eut achevé de donner ces consignes à ses douze disciples, qu’il partit de là pour enseigner et prêcher dans leurs villes.
Ainsi s’achève le discours apostolique, deuxième grand discours qu’adresse Jésus à ses disciples dans l’Évangile de Matthieu, et qui occupe la totalité de notre chapitre 10. Celui-ci a pour but d’ordonner (παραγγέλλω10:5 et διατάσσω11:1) aux Douze le comportement à adopter avant de les envoyer (ἀποστἐλλω10:5) en mission.
Le discours apostolique est construit à partir de différentes paroles qui apparaissent ailleurs chez Marc et Luc, dans une variété de contextes. En rapprochant ces paroles de manière originale, Matthieu suscite entre elles des rapports et des échos inédits.
Mt. 10:42 offre à ce titre une variation intéressante. Le verset tire son matériau d’un passage de Marc :
Ὃς γὰρ ἂν ποτίσῃ ὑμᾶς ποτήριον ὕδατος ἐν ὀνόματι, ὅτι Χριστοῦ ἐστε, ἀμὴν λέγω ὑμῖν ὅτι οὐ μὴ ἀπολέσῃ τὸν μισθὸν αὐτοῦ.
Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense.
Mc 9:41
Pour évoquer l’accueil réservé aux disciples et la récompense (μισθός) qui en résulte, Matthieu reprend presque tel le texte de Marc. Mais une nuance, a priori insignifiante, vient éclairer cette parole d’un jour nouveau : là où Marc parle d’un simple verre d’eau (ποτήριον ὕδατος), employant pour cela le générique ὕδωρ, Matthieu évoque un verre d’eau fraîche (ποτήριον ψυχροῦ)1. Faut-il ne voir dans cette nuance qu’un simple écart de température ?
Deux pistes pour aller plus loin :
1. Si les deux termes sont sans rapport étymologique, difficile de ne pas voir – et entendre – la ressemblance entre ce ψυχρόν et la ψυχή (vie/âme) dont parle Jésus un peu plus haut. De la ψυχή trouvée au ψυχρόν offert, de la vie au verre d’eau, Matthieu ne fait qu’un seul mouvement : celui-même de Jésus envoyé par le Père (v.39), reçu par ses disciples, envoyés et reçus à leur tour. Donner le ψυχρόν, c’est trouver sa ψυχή et recevoir le Père, par capillarité. C’est cela, la récompense. Elle ne s’obtient que dans une perte, dans un don.
2. Si le terme ψυχρὀς pour désigner l’eau fraîche ne se trouve qu’ici dans le Nouveau Testament, on en trouve la trace dans la version grecque2 du livre des Proverbes ; livre dont le NA283 dénombre vingt-neuf citations et allusions dans l’Évangile de Matthieu (soit davantage que les trois autres évangiles réunis)4. Le verset qui nous intéresse est le suivant :
ὥσπερ ὕδωρ ψυχρὸν ψυχῇ διψώσῃ προσηνές οὕτως ἀγγελία ἀγαθὴ ἐκ γῆς μακρόθεν.
Comme l’eau fraîche est douce à une âme assoiffée : telle est une bonne nouvelle venant d’un pays lointain.
Pr. 25:25
Derrière le ψυχή grec se trouve l’hébreu נפש (nephesh), qui signifie lui aussi à la fois l’âme, la vie et la personne vivante mais désigne à l’origine la gorge, l’organe vital qui reçoit le πνεῦμα, souffle divin5. Si le grec perd la subtilité gorge/âme, il trouve en ψυχή/ψυχρός une heureuse homophonie – que Matthieu aura su mettre à profit.
À quoi cette eau fraîche qui adoucit l’âme se compare-t-elle ? À la bonne nouvelle (ἀγγελία) venant d’un pays lointain. Doit-on s’étonner alors de voir Matthieu évoquer ce verset des Proverbes à l’instant où Jésus envoie ses disciples annoncer l’évangile (εὐαγγέλιον) ? Et quelle est cette eau fraîche offerte aux petits, sinon la bonne nouvelle du Royaume de Dieu ?
- Le grec ψυχρὀν, construit à partir de l’adjectif ψυχρὀς (froid), désigne par métonymie un verre d’eau fraîche ; Mt. 10:42 dit littéralement « un verre de froid » pour parler d’eau fraîche, comme on dirait « un verre de rouge » pour parler de vin. ↩︎
- Traduction de la Bible hébraïque en grec réalisée entre le IIIe et le Ie siècle av. J.-C. ↩︎
- Vingt-huitième et dernière édition en date du Novum Testamentum Graece de Nestle-Aland, édition critique de référence du Nouveau Testament. ↩︎
- Ces citations, à quatre exceptions près, sont toutes propres à Matthieu. ↩︎
- C.Selis, L’usage du mot hébreu nephech dans la Bible et sa traduction par âme, Generis Publishing, 2020 ↩︎
Version française (entête) : Bible de Jérusalem
Traduction de la LXX par Giguet, 1872 (amendée)

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