
20 Τότε ἤρξατο ὀνειδίζειν τὰς πόλεις ἐν αἷς ἐγένοντο αἱ πλεῖσται δυνάμεις αὐτοῦ, ὅτι οὐ μετενόησαν· 21 Οὐαί σοι, Χοραζίν· οὐαί σοι, Βηθσαϊδά· ὅτι εἰ ἐν Τύρῳ καὶ Σιδῶνι ἐγένοντο αἱ δυνάμεις αἱ γενόμεναι ἐν ὑμῖν, πάλαι ἂν ἐν σάκκῳ καὶ σποδῷ μετενόησαν. 22 πλὴν λέγω ὑμῖν, Τύρῳ καὶ Σιδῶνι ἀνεκτότερον ἔσται ἐν ἡμέρᾳ κρίσεως ἢ ὑμῖν. 23 καὶ σύ, Καφαρναούμ, μὴ ἕως οὐρανοῦ ὑψωθήσῃ; ὅτι εἰ ἐν Σοδόμοις ἐγενήθησαν αἱ δυνάμεις αἱ γενόμεναι ἐν σοί, ἔμεινεν ἂν μέχρι τῆς σήμερον. 24 πλὴν λέγω ὑμῖν ὅτι γῇ Σοδόμων ἀνεκτότερον ἔσται ἐν ἡμέρᾳ κρίσεως ἢ σοί. [voir la version française]
Curieuse parole que celle-ci, et toute en paradoxes : Jésus donne en exemple une repentance qui n’a pas eu lieu – construction εἰ + ἀν ou irréel du passé, comme l’appellent joliment les grammaires françaises – et opposent ceux qui auraient fait (mais n’ont pas pu) à ceux qui auraient pu (mais n’ont pas fait !)
Si le conditionnel passé – temps du regret : « Si j’avais su… » – rythme la séquence, c’est pour mieux accabler les villes maudites, comme prises en étau entre un rendez-vous manqué et une mise à mort. Le futur, menaçant ? Pire : sans issue, sinon celle d’un jugement terrible et déjà tranché – sens possible du grec κρινω, qui est aussi trier ou séparer.
Quant au présent, en dehors du proverbial « je vous le dis » (λέγω ὑμῖν), il ne concerne ici qu’un seul verbe : ὀνειδίζω – reprocher, réprimander ; mais aussi outrager, insulter (comme les larrons au GolgothaMt.27,44). Le présent est le temps de Jésus : pour les autres, les dés sont jetés !
Mais la dynamique du texte n’est pas qu’affaire de temps. Aux passé et futur des auditeurs correspondent trois mouvements, répartis en deux axes :
1. Un axe vertical : le Jugement (futur). Certains seront élevés ↑ – ὑψόω au passif, sous-entendu par quelqu’un d’autre (le Père) – d’autres abaissés ↓ – καταβαἰνω, idem.
2. Un axe mental : la repentance, mouvement initial qui amène sa propre issue – et l’idée de conditionnel prend là tout son sens. Car si le grec μετανοἐω évoque un changement d’esprit (μετα-νοἐω), la repentance est toujours une conversion, c’est à dire un retournement ↺. C’est le sens premier du grec ἐπιστρἐφω (Mt.13,15) et avant lui de l’hébreu téchouva (תשובה), qui désignent tous deux la repentance, le « retour à Dieu ».
Élévation ↑ ou abaissement ↓, c’est ce retournement ↺ et lui seul qui en décidera. C’est que la pensée biblique – pas même ce passage d’apparence fataliste – ne connaît pas le destin mais seulement l’avenir. Et celui-ci n’est que le produit de ce que les hommes en font.

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